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Série « Ubérisation : enquête mondiale » · Volet 6

La nouvelle ubérisation : ces métiers qu'elle gagne

L'extension de l'ubérisation à de nouveaux métiers

Sixième volet. Longtemps cantonné au VTC et à la livraison, le modèle gagne des métiers entiers — jusqu'à la santé. Panorama des secteurs concernés et des fléaux communs.

Le modèle des plateformes n'est pas lié à un métier : c'est un gabarit, applicable à presque tout. Et il se propage. L'économie de plateforme, ~556 milliards de dollars en 2024, devrait quasiment tripler d'ici 2032 — en volume, mais aussi en largeur, en colonisant des professions qu'on n'imaginait pas concernées.

Ces métiers que l'ubérisation gagne

La logique de plateforme touche désormais un éventail de plus en plus large :

  • Santé et soin : infirmiers, aides-soignants, gardes d'enfants, via des applis « à la demande ».
  • Aide à domicile et ménage : nettoyage, repassage, services aux particuliers.
  • Petits travaux et déménagement : bricolage, manutention, « handyman » à la tâche.
  • Beauté et bien-être : coiffure, esthétique, massage à domicile.
  • Éducation : soutien scolaire, cours particuliers, tutorat en ligne.
  • Freelances du numérique : graphistes, développeurs, rédacteurs, traducteurs.
  • Micro-travail et « travail fantôme » de l'IA : étiquetage de données, modération de contenus.
  • Sécurité et gardiennage : des agents « à la demande ».
  • Logistique : manutention, entreposage, derniers kilomètres.

Le cas qui inquiète : l'« Uber des infirmiers »

Aux États-Unis, des plateformes comme ShiftKey, Clipboard Health ou CareRev proposent des soignants « à la demande » : tarification dynamique, parfois enchères à la baisse, notation, statut d'indépendant sans protection. Les syndicats alertent : un risque pour le patient, quand un soignant est placé dans un service qu'il ne connaît pas. Ces plateformes feraient pression dans au moins 17 États pour s'exempter des règles ; New York a rejeté le modèle en 2025.

Le travail fantôme de l'IA

Derrière chaque IA, des humains étiquettent les données et modèrent des contenus. Ce marché pesait ~3,8 milliards de dollars en 2024 et pourrait dépasser 17 milliards en cinq ans. Un travailleur vénézuélien décrit des tâches payées 5 à 25 centimes de dollar, réparties sur cinq plateformes, sans garantie — ignorant souvent le nom de l'entreprise qui l'emploie.

Les fléaux communs

D'un métier à l'autre, les mêmes maux : statut d'indépendant imposé, rémunération à la tâche et mise en concurrence, notation permanente et déconnexion sans recours, isolement — et, à mesure que le modèle gagne des métiers sensibles, un dumping qui pèse aussi sur le patient et l'usager.

Pourquoi ça nous concerne tous

Parce qu'elle est un gabarit reproductible, l'ubérisation est un enjeu pour l'ensemble du travail. La question posée à chaque secteur : veut-on des professionnels formés, déclarés et responsables, ou une main-d'œuvre interchangeable pilotée par une application ? Pour notre métier, la réponse est claire depuis le premier jour.

Sources : Roosevelt Institute, STAT News, Nurse.org, AlgorithmWatch (« Uber for nursing ») ; Fortune (2026) ; Brookings, CWA (micro-travail / IA) ; estimations de marché de l'économie de plateforme (2024).

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