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Série « Ubérisation : enquête mondiale » · Volet 4

L'algorithme-patron : quand le code devient le contremaître

La gestion algorithmique du travail

Quatrième volet. Enquête sur la « gestion algorithmique » — ce management sans manager — et sur les régulations qui l'encadrent. Données 2024-2026.

Dans l'entreprise classique, il y a un chef. Dans l'économie de plateforme, il y a un algorithme : il attribue les courses, calcule les notes, hiérarchise les profils, fixe les prix, et peut « déconnecter » un travailleur en une fraction de seconde. On appelle cela la gestion algorithmique — devenue le véritable enjeu de la régulation mondiale.

Le contremaître invisible

Le pouvoir de l'algorithme recouvre les trois attributs de l'employeur : il dirige, contrôle et sanctionne. Mais il ne dort jamais et n'a pas de bureau où frapper. La désactivation sans préavis ni motif est vécue comme un licenciement — sans les droits.

La boîte noire

Son autorité tient à son opacité : pourquoi les courses se raréfient-elles ? Sur quels critères la note baisse-t-elle ? Le travailleur n'a ni réponse, ni interlocuteur. On ne peut pas discuter des règles d'un jeu dont on ignore le fonctionnement.

La tarification dynamique

En juin 2025, l'université d'Oxford a montré que la tarification dynamique laisse chauffeurs et passagers perdants ; 82 % des chauffeurs les plus anciens gagneraient moins par heure qu'avant. La négociation salariale disparaît quand le prix est calculé individu par individu, seconde par seconde.

La riposte européenne

La directive (UE) 2024/2831 impose trois obligations : transparence des algorithmes, supervision humaine, droit de contester les décisions automatisées. Remettre un humain dans la boucle, et rouvrir un recours.

Le traité mondial de l'OIT

Le 12 juin 2026, la Convention n°193 de l'OIT a fait entrer la gestion algorithmique dans un instrument mondial contraignant — une première : divulgation des décisions automatisées et réexamen humain garantis.

La Chine : réguler le code lui-même

Avec ~200 millions de travailleurs, la Chine impose la transparence algorithmique à horizon 2027. Meituan et Ele.me (~6 millions de livreurs) ont déployé des systèmes anti-fatigue et supprimé des pénalités de retard ; l'algorithme devient objet de négociation collective.

Vers un droit du travail de l'algorithme

De Bruxelles à Pékin, une même conviction : un logiciel qui commande une prestation exerce un pouvoir d'employeur, et doit en assumer les contreparties. Non pas interdire l'algorithme, mais lui adjoindre des contre-pouvoirs.

Sources : université d'Oxford (juin 2025) ; directive (UE) 2024/2831 ; OIT (Convention n°193, 2026) ; réglementations chinoises 2025-2027 (Meituan, Ele.me).

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